Poetry

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POEMS BY JEAN DELVILLE

This is the beginning of a project to translate all of Jean Delville’s poetry. Delville published four anthologies during life time. An unpublished dossier of his unpublished poems exists which was discovered after his death. Together he wrote over five hundred poems. His published anthologies include:

 

Les Horizons Hantés (Bruxelles: 1892).

Le Frisson du Sphinx (Bruxelles: H Lamertin, 1897).

Les Splendeurs Méconnues (Bruxelles: Oscar Lamberty, 1922).

Les Chants dans la Clarté (Bruxelles: à l’enseigne de l’oiseau bleu, 1927).

 

**Please feel free to comment on the translations at the bottom of the page.**

 

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Poems from Les Horizons Hantés


UN SOIR FUTUR

Un grand soir douloureux et de clameurs aux loins,
– un soir de révolte et de flammes funèbres –
éclabousse de nuit, aux loins, les quatre coins
d’une ville de bronze rouge et de ténèbres.

Nul astre à l’antique azur d’extase des dieux.
Vers le ciel est monté le blasphème des bouges,
et l’espace étale parmi le soir douloureux
l’horreur d’un paradis mort en des enfers rouges.

Le soleil des carnages rougeoie aux horizons
enflammant dans les yeux des haines violentes,
et l’on voit sur le seuil des lupanars et prisons,
la foule qui lui tend ses mille mains sanglantes !

Leur geste exaspéré brandit à la lumière
de noirs drapeaux claquant la faim qu’ils ont aux dents,
dont ils drapent − comme des tapis de misère –
les gibets consacrés aux princes de ces temps.

Ce sont les surgis, dans leurs rages et leurs faims,
aux carrefours damnés de la misère humaine,
le morne pas d’émeute ballant par les chemins
leurs entrailles de loups où fermente la haine.

Ils se sont réveillés à l’appel d’immenses voix
qui hantaient le sommeil des races engourdies,
éblouis et hagards, à voir, brisant les lois;
leurs prophètes cabrés sur des fonds d’incendies!

Voici toute la meute des crimes, des vices,
se ruer en l’effroi d’un tragique renouveau,
où les enfants pervers, en des festins propices,
fêtent le règne conquis à grands coups de couteau.

L’âme des tocsins gronde la mort et le massacre!
Et tout le sang humain se mêle au sang du ciel!
La torche brûle éclairant sous ses bûchers âcres
l’épique cruauté d’un meurtre universel.

Dans les ciboires saints, sur la pourpre des rois,
ils bavent leur écume et mêlent la vermine,
ou bien encor, violent, parmi les désarrois,
les princesses mortes dans leurs songes d’hermine.

Là-bas, le barbare au front brutal et empourpré,
calcine dans le feu de ses forges avides,
sous un noir cri de haine, là-bas, vociféré,
le luxe douloureux de nos palais morbides.

C’est la fête du sang, de la boue et du fiel!
Une plaie effroyable saigne au pavé des rues,
qui ouvre entre les morts, tel un délire cruel,
des cloaques enivrants pour l’âme des cohues.

Tours de Foi, frontons savants, dômes de Puissance,
murailles du Pouvoir et pierres d’Autorité,
éclatent comme de grands crânes en démence
sous l’orgueil en révolte d’une autre humanité.

Le siècle a proclamé des hommes qui feront
l’avènement des brutes et des prostituées;
tous les martyrs du rêve avec leur rêve au front
seront crucifiés sur la croix des huées.

C’est la fin grandiose d’une race qui meurt,
et dont le râle roule aux quatre coins du monde,
déjà le peuple regarde, ivre en sa clameur,
l’aube des temps nouveaux luire sur la moribonde!

“Nous sommes les élus de ces siècles prédits
qui se vengent du Beau, du Ciel et du Rêve
et qui pour rassasier leurs vastes appétits,
égorgent tous les dieux avec leur propre glaive!

Corrodés par l’envie, par l’orgueil éperdus
nos cœurs inassouvis boivent aux gémonies,
le rouge alcool fumant de ces cœurs pourfendus
dans un holocauste immense d’agonies.

L’astre fait sur nos fronts d’inutiles clartés.
Ah! il n’est plus de ferveurs, ni plus de prière,
et au nom de sacrilèges égalités
nous souillons l’auréole aux égouts de la terre!

Pour nous le ciel n’est plus, que des nuées vides.
Déjà sont morts les cultes qui nous purifiaient,
déjà sont croulés sur les peuples déicides
les portiques sacrés ou ils se prosternaient!

Et l’âme n’est pas. L’âme n’est pas l’ange blanc et d’or
qui offrait ses ailes à la bête charnelle
et un peu d’idéal aux charognes de la Mort!
Et notre chair n’a rien de la loque immortelle!

Nos seuls rêves seront les rêves de la Bête :
les désirs accouplés à l’instinct primitif;
car nul n’écoutera le prêtre ou le poète
dans l’écho surnaturel de leur verbe plaintif.

Nos enfants seront les enfants de la matière;
leur cerveau sera vierge du Souvenir divin;
ils puiseront aux mamelles de la mère
l’impure hérédité d’un mal vénérien.

Et nos femmes seront nos filles de joie
offrant cyniquement leurs flancs stérilisés
à nos ruts de fauve et nos baisers de proie!
– Et d’autres amours naîtront, étant épuisés.

La science nous enseigne les beaux secrets du Mal,
les sombres perversités de nos âmes rebelles,
afin d’édifier en notre chair d’animal
des lupanars nouveaux pour les races nouvelles!

Nous verrons bien alors s’il est au ciel un Dieu!
et s’il saura prouver aux grands péchés de l’homme,
sa colère surhumaine, avec ce même feu
dont il extermina Gomorrhe et Sodome !

A FUTURE EVENING

A great distressing evening of distant clamours,
– an evening of revolt and funereal flames –
Sullies the night, in the distance, the four corners
of a town of brazen anger and darkness.

There is no star in the ancient azure of the gods’ ecstasy.
And blasphemy from the hovels to heaven ascends,
and the space reveals in the distressing evening
the horror of a dead paradise in fiery infernos.

A sun of carnage glows on the horizon
igniting violent hatred in their eyes,
and one sees on the threshold of brothels and prisons,
the crowd extending their thousand bloody hands!

Their exasperated gesture raised black flags
in the light striking the hunger in their mouths,
with which they drape – like carpets of misery –
the gallows devoted to the princes of those times.

These are the arisen ones, at the damned crossroads of
human misery, in their cravings and their hunger,
the dreary step of the riot dangling their starved entrails
along the way where hatred brews.

They are woken by the call of great voices
that haunted the sleep of benumbed races,
dazzled and haggard, to see, breaking the laws;
their prophets rising against a backdrop of flames!

Witness the whole horde of crimes, of vices,
rushing in dread from a tragic revival,
where perverse children, in propitious feasts
celebrate the conquered reign with great stabbing blows.

The heart of alarm bells thunders death and massacre!
And all human blood is mixed with the blood of the sky!
The burning torch illuminates the epic cruelty
of universal murder beneath the acrid pyres.

They dribble their scum and mix vermin
In the holy ciboria, on the royal purple,
or even still, in the confusion, they rape
the dead princesses in their dreams of ermine.

Over there, the barbarian with a brutal and enraged brow
in the fire of his voracious forges burns
the dolorous abundance of our morbid palaces,
beneath a black cry of hatred, over there, shouting.

This is the festival of blood, of mud and of bile!
An appalling wound bleeds on the cobbled streets,
which opens between the dead, such a cruel delirium,
intoxicating cesspools for the soul of the crowd.

Towers of Faith, erudite pediments, domes of Power,
walls of Strength and stones of Authority,
burst like great demented skulls
beneath the pride in revolt of some other humanity.

This century proclaimed men who will bring about
the advent of brutes and of prostitutes;
all the dreaming martyrs with their dreams on their brows
will be crucified on the cross of derision.

It is the spectacular end of a dying race,
whose rale reaches the four corners of the world,
already the people contemplate, drunk in its clamouring,
the dawn of a new era glowing on the one that dies!

“We are the chosen-ones of these predicted centuries
who avenge the Beautiful, the Empyrean and the Dream
and in satisfying their vast appetites,
cut the throats of all the gods with their own sword!

Corroded by envy, by frenzied pride
our unquenched hearts drink to public scorn,
the smoking red alcohol of these assailed hearts
in the death throes of a vast Holocaust.

The celestial star places useless clarity in our minds.
Ah! there is no longer fervour and no longer prayer,
and in the name of sacrilegious equalities
we defile this halo in the cesspits of the earth.

For us the sky is nothing more than empty clouds.
The rituals that purified us are already dead,
Where once they prostrated themselves, the sacred
portals have crumbled on the deicidal people.

And the soul is no more. The soul is not the white and gold angel
that offers his wings to the carnal beast
and something of the ideal to the rotting carcases of Death!
And our body is no longer of immortal cloth.

Our only dreams will be those of the Beast:
Our desires coupled to primitive instinct;
for no one will hear the priest or the poet
in the unearthly echo of their plangent word.

Our children will the offspring of matter;
their minds will be devoid of the divine Memory;
they will draw from the mother’s breasts
the sullied heritage of a venereal malaise.

And our wives will be our servants of pleasure
cynically offering their sterile loins
to our beastly rutting and our predatory kisses!
– And other loves will be born, being exhausted.

Science teaches us the beautiful secrets of Evil,
the sombre perversities of our rebellious souls
finally to construct in our animal flesh
new brothels for the races to come.

We will then see if there is a God in heaven!
And if He will reveal his superhuman rage
against the sins of man, with the same fire
with which he exterminated Sodom and Gomorrah!


PAYSAGE DE GLACE

Gisantes, immensément gisantes en silence de néant,
sous gel de lune, gel d’azur, gel d’astres et gel d’espace,
sous gel illuminé de blanc lustral en nuit de glace,
dorment les neiges leur sommeil boréal et brillant.
O mes yeux! Quels paradis clairs aux scintils froids des grésils.
parmi les émerveillements blancs de ces fastes candides!
et toi, mon âme impériale d’hiver, aux infinis lucides
immensifie ton rêve au rêve stellaire d’albes exils.
Ah! se pouvoir spiritualiser la pensée et la chair
en cette blanche éternité de chaste paix nocturne,
si lointaine, si vierge de toute vie diurne
que l’extase confond la terre au grand firmament clair.

– Entends, entends, les chants de glace en l’espace où passe
en hosannah de lyres lunaires, les frisselis blancs
des halliers irradiants leurs ramures de diamants
dans la toute splendeur sacrée que le givre amasse.
Mystiques minuits d’idéales transparences d’anges,
pâleurs de mortes divines avec des yeux sacrés
d’extase en solitudes de lacs blancs réverbérés
au ciel plein les cygnes éthéraux endormis dans leurs langes.
– Et nul autre frisson de vie que mes pas solitaires,
mes pas de lune et d’ombre, mes pas d’âme, mes pas muets
allant vers les vertiges blancs et les mirages abstraits,
du blanc sommeil surnaturel des paysages polaires.

LANDSCAPE OF ICE

Recumbent, immensely recumbent in the silence of nothingness.
Under a frozen moon, frozen sky, frozen stars and frozen space
under the illuminated frost of a white chandelier in a night of ice,
the snows sleep their sparkling northern slumber.
O my eyes! What a limpid paradise of cold sparkles of ice.
Among the white wonderment of these ingenuous splendours.
And you, my imperial winter’s soul, of lucid infinities
expand your dream to the stellar dream of whitened exiles.
Ah! to be capable of spiritualising thought and flesh
in this white eternity of chaste nocturnal peace,
so distant, so devoid of daily life that its rapture
merges the earth with the great clear vault of heaven.

– Hear, O hear, the singing of ice in space where
low white murmurings pass in hosannas from lunar lyres
from the radiant shrubbery’s diamond branches
in the entire sacred splendour that the frost accrues.
Mystical midnights of the angels’ transparent ideals,
Pallors of divine deaths with sacred eyes
of ecstasy in solitude on white lakes reflected in
the sky full of ethereal swans sleeping in their swaddling clothes.
– And no other thrill of life than my solitary steps
my lunar and shadowy steps, my soul’s steps, my muted steps
going towards the dizzying white and abstract mirages
of the white otherworldly sleep of polar landscapes.


DANS MON ÂME

Viens, penche ton doux front d’inquiétude vers mon âme
afin d’en pénétrer les étranges secrets
et l’infini nocturne où sa douleur se pâme.

Chercheuse d’inconnu, appelante à ma chimère,
sur des horizons fous tordant ses ailes d’espoir
tu la trouveras loin avec l’énigme amère.

Descends, avec de la lumière astrale aux yeux,
dans l’abîme et le silence de son rêve;
et prosterne ta vie sous son râle anxieux.

Loin de la chair, loin du péché, loin de notre corps,
Entre en moi pleine de clartés de ta tendresse,
Afin de ne pas heurter ton souffle à mes remords.

Fais solennellement chaste ta présence,
revêts ma chair saignante et ma tête blessée
des langes primitifs où dormait notre enfance.

Entre en moi comme un grand soir de lucidité,
Et parmi le sommeil de mes voluptés mortes
Allume les cierges blancs de ta naïveté

Ton âme dans mon âme sera comme une lune dans l’eau
vertigineuse et morne des mers fatales
et qu’opposera son calme aux fièvres du flot.

Sois l’âtre de paix, de pardon et de baptême
qui doit imposer aux violences de mon sang
le rythme accalmeur d’une caresse qui m’aime.

Que les chères mains de sacre écartent les rancœurs
en un geste de volonté surnaturelle
pour pacifier son noir tourment d’horreurs.

Sois lucide et forte aux vertiges du gouffre
qui va te révéler un grand mystère humain
dans l’occulte pourquoi d’amour dont je souffre.

– Mais à travers les houles d’effroi du problème,
tu verras resplendir et jaillir immensément :
l’essence et la splendeur ineffables de toi-même!

WITHIN MY SOUL

Come, lean your gentle and anxious brow towards my soul
In order therein to penetrate its singular secrets
and the nocturnal infinity where its suffering swoons.

Seeker of the unknown, appellant in my illusion,
on demented horizons twisting its wings of hope
you will find it in the distance with the embittered enigma.

Come down, with astral light in your eyes,
Into the chasm and the silence of your dream;
and prostrate your life under its anxious rale.

Far from flesh, far from sin, far from our corporeal form,
Enter into me in total clarity of your tenderness
So that your breath does not encounter my remorse.

Make your presence solemnly chaste,
re-cloth my bleeding flesh and my injured head
in crude swaddlings of infancy’s slumber.

Penetrate me like a great night of lucidity,
And amongst the somnolence of my pleasurable deaths
Set alight the white altar candles of your naivety.

Your soul in mine will be like a moon in water
Breathtaking and dismal as the fatal seas
that will oppose its tranquillity with feverish waves.

Be the hearth of peace, forgiveness and baptism
that must impose on the violence of my blood
the lulling rhythm of a loving caress.

That all bitterness is removed by these dear consecrated hands
in a gesture of unearthly will
to pacify its black torment of horrors.

Be clear and strong at the vertiginous abyss
that will reveal to you a great human mystery
in the hidden cause of love from which I suffer.

– But through the sea swells of the problem’s dread
you will see an immense radiance and gushing forth:
the essence and ineffable splendour of yourself!


SÉPULTURE

Ci-gît un tas d’orgueil en putréfaction :
des ossements qui jadis brandissaient vers les cieux
leurs hauts gestes dérobeurs de lumière et de feux,
et qui ont étreint l’ombre parmi leur passion.

De ce qui fut le tabernacle des luxures
où se célébraient les cultes rouges de la chair,
il reste un peu d’immondicité dont le flair
seul fait vomir d’effroi la bête des ordures.

Que sont donc maintenant les rêves de ce cerveau
qui créaient des mondes et des soleils de gloire?
Réponds, ô morne terre, et vous, morne caveau!

– Réponds ou ne réponds pas! Le poète : – voire
Du néant lui-même – sait que l’horreur où cela dort
Ne mérite même plus le respect de la mort!

ETOMBEMENT

Here lies a heap of putrid pride:
human remains that once brandished their arrogant
thieving gestures of light and fire towards heaven,
and who embraced their shadow’s passion.

Of this that was the tabernacle of lust
where the inflamed cults of the flesh were celebrated,
there remains some of the vile character whose instinct
alone induced the beast of obscenity to be sick with fear.

So what now are the dreams of this mind
that creates worlds and suns of glory?
Respond, O doleful earth, and you, lugubrious tomb!

– Respond or don’t respond! The Poet: – in fact
of nothingness himself – knows that when horror sleeps it
No longer merits the respect even of death!


LE MEILLEUR AMOUR

Nos cœurs comme les fleurs du soir parfument nos baisers,
nos lèvres sont pleines de songe et de musique,
et nos mains et nos yeux, sous les cieux apaisés,
font des caresses d’or dans le soir magnétique.

Tel rêve de nos désirs unifie nos fronts;
un reflet de nous-mêmes illune [illumine??]la terre
ô voici qu’en douceurs, en soupirs et en rayons,
l’âme de notre amour va hanter la lumière.

Des jardins de lys fleurissent dans nos chairs calmes,
et tel les marbres blancs éperdus sous les palmes
nos seules douleurs d’ange, sans une vaine plainte,

s’enviennent en silence et pâlement s’asseoir.
– Nous sommes les derniers dieux de la beauté sainte
qui s’écoutent aimer dans les splendeurs du soir

THE BETTER LOVE

Our hearts scent our kisses like evening flowers,
our lips are full of dreams and music,
and our hands and our eyes, under placated skies,
form gilded caresses in the magnetic evening.

Our souls are merged in our desire’s dream;
a reflection of ourselves lights up the earth
O here’s where in gentleness, in sighs and in rays of light,
the soul of our love will haunt the light.

Lilly gardens blossom in our tranquil flesh,
And, like these white marbles distraught under the palms,
our only angelic sorrows, without a vain lamentation,

come in silence and lightly sit down.
– We are the last gods of holy beauty
who listen to love in the evening’s splendours.


LES CARIATIDES VIVANTES

Oh! mon âme, vois se ployer ces âmes vers le terre
comme si elles supportaient des mondes accablants!
Vois se tordre leur douleur et leurs bras sanglants
Sous l’inutile effort prostré vers la Lumière!

Est-ce le poids du ciel ou celui de leur cerveau
qui fait panteler leurs pas à travers ces ténèbres?
Et vers quels gouffres noirs rôdent leurs yeux funèbres?
On dirait, tant ils sont las! qu’ils cherchent un tombeau.

On dirait, tant ils sont mornes! qu’ils sont résignés
au supplice obscur qui écrase leurs pensées;
et las ! tant les horizons clairs semblent éloignés.

– Nous courbons tous, avec plus ou moins de fierté,
lamentables cariatides oppressées,
sous le fardeau énorme de la Fatalité.

THE LIVING CARYATIDS

O my soul, see these souls bending towards the ground
as if they bore overwhelming worlds!
See how they double up in their pain and their bleeding arms
Beneath the useless effort of bowing towards the Light!

Is it the weight of heaven or of their minds
that makes them pant as they pace through this darkness?
And towards what black chasms do their funereal eyes wander?
It seems that they are so weary! that they are in search of a tomb.

It seems that they are so doleful! that they are resigned
to dark torments that crush their thoughts;
and weary! so much so that the limpid horizons seem remote.

We all bend down, with varying degrees of pride,
Pitiful oppressed Caryatids,
beneath the enormous burden of Fate.


AZRAËL

A Joris-Karl Huysmans.

C’était par un soir de symbole et de fatalité
où les hauts firmaments hallucinaient la terre,
tandis que le Roi-Mage, pâli dans sa prière,
entrevoyait son Âme en immortalité.

Il est suprême parmi le rêve universel!
Et des immensités pâment ses grands yeux vagues
fermés aux splendeurs qu’irradient les bagues
de ses longs doigts d’extases éperdus vers le Ciel.

Et les villes muettes sont pleines des lueurs
qu’exhalent au loin les tragiques ciels nocturnes,
et sous les dômes d’or des temples taciturnes
le peuple de Salomon s’endort en ses splendeurs.

L’infini des sommeils plane sur l’acropole
comme aux nuits primitives le sommeil de la vie.
– Mais, là-bas, en l’effroi de la nuit envahie,
un Être fabuleux vibre en son auréole!

Le Roi l’a vu surgir des horizons bibliques
et venir comme un souffle occulte que reluit
et grandir en l’espace et grandir en la nuit
dans une épouvante d’ailes prophétiques!

Aux grands Palais magiques d’or et de cristal
réfléchissant en eux les lumières du monde,
voici qui transparait à la voûte profonde
l’Archange de la Mort au signe sacerdotal!

On eût dit son corps de tous les astres pénétré!
Les rayons, jaillissant des cils et des regards,
absorbent les joyaux et rendent les ors blafards
sous leur rayonnement effroyable et sacré!

On eût dit son front, fait d’éclats de foudre ardente,
et des aurores d’or flamboyer en ses cheveux,
et des splendeurs de glace et des splendeurs de feux
fulgurer dans le vol de se robe éclatante!

L’éclat de sa présence était si surhumain
que les sphinx des portails en avaient le vertige;
les trésors de Sçéba ont perdu leur prestige,
au seul geste magnétique et divin de sa main!

Les lynx prostrés sous les trépieds kabbalistiques
répercutent, parmi les vestibules vermeils
les épouvantements soudains de leurs réveils,
car un Éclair fatal brûle leurs yeux mystiques!

En les bassins les eaux lustrales se sont tues,
et les colonnes d’or ont tressailli d’effroi;
le dieu a éteint tous les luxes du Roi
et les flambeaux de myrrhe aux bras d’or des statues.

Nul diamant solitaire ne flamboie encor
parmi les ombres pâles de la Maison royale;
Salomon est là, dressant dans la haute Salle
les mille pierreries de sa tiare d’or.

Un frisson d’Au-delà pénètre au cœur du Mage
qui comprend que c’est l’heure divine de mourir,
car la céleste vision va entr’ouvrir
le sépulcre radieux destiné au Sage.

“ Oh! de quel lucide sommeil et de quel tombeau,
viens-tu illuminer ma blême chair humaine!
Je suis las d’Univers et de science valine,
et je ne veux plus voir avec les yeux de mon cerveau.

“ Voilà des soirs et des soirs que j’espère la fin!
Et que j’attends venir dans les affres des nues,
tes Six Ailes et tes Six Faces absolues :
mortels miroirs de la mort où je me mire enfin!

„ Chercheur d’Absolu en une gloire de hauts rêves
qu’aux soirs d’infini et de magie éblouissants,
je faisais jaillir sous mes sceptres puissants,
– je veux dormir loin des hommes et leurs glaives.

„ Mes proverbes ont fait germer des lys éternels
sur le bourbier des cœurs et le désert des âmes,
et j’ai fait, sur les charniers des combats infâmes,
fleurir les saintes fleurs des jardins immortels.

„ En des verbes merveilleux d’amour et de baiser,
mes Cantiques ont dit que la chair est devine
pour que le corps soit pur et que l’amour devine,
que le désir humain doit se diviniser.

„ En mes sabbats sacrés et les mystérieux soirs,
j’ai brûllé tant de parfums et d’encens et d’arômes
que leurs vastes vapeurs montent de mes royaumes
jusqu’à en faire pour Dieu d’immenses encensoirs.

„ La terre est ivre encore de tout le Sang-Pascal
que j’ai fait ruisseler comme des fleuves rythmiques,
et les râles ont fait de si saintes musiques
qu’ils prosternaient les fronts sous l’autel holocaustal.

,, Je suis las d’émerveiller les purs et les chastes
Vois : j’ai bâti, sur le peuple ébloui d’Israël,
cette Maison de Dieu avec les pierres du Ciel,
et vois comme pâlissent ces dômes en leurs fastes.

„ Tout l’or immémorial est devenu sombre!
– Mais voici qu’a vibré sur mes Palais astrals,
ainsi que des levers de soleils idéals,
tout cet Esprit igné que tu répands en l’ombre!

„ Ma pensée est claire telle un grand clair de lune,
et les yeux de mon âme sont des mondes transparents;
je sens fluer en moi tes regards de firmaments
tels des mers de clartés. – innombrables et Une.

„ Oh ! mourir sous tes regards comme meurent les choses
et s’infiniser en les lumières du néant!
Tes regards sont pareils à un soleil béant,
absorbeurs de la Vie en leurs apothéoses!

„ O toi, la plus infinie des âmes infinies,
glaçant sur les sommeils les mirages de la Mort,
éternise mon rêve en le Rêve où tu m’endors
ô précurseur surnaturel des agonies! „

– Alors, Azraël chanta par sa toute clarté
le verbe enchanteur des extases funèbres!
Et sa voix d’éther illuminant les ténèbres
avait d’ineffables promesses d’éternité :

„ Je viens dire à ton Ame d’entrer dans la Lumière!
Et à ta chair de refleurir aux Edens futurs,
car la Mort t’a élu pour des règnes plus purs
que les Lys immaculés de l’Aube-Première!

„ Tes sceptres lumineux et tes trônes de nacres,
et tes trépieds d’onyx incantant les autels,
seront vains à côté des suaves rituels
où je célébrerai ton ange dans mes sacres.

„ Je sais que ta parole fascinait les serpents
dont les enfants pervers enchevêtrent leur songe.
Tes parfums ont enivré l’azur qui prolonge
jusqu’aux paradis charmés leurs hauts enivrements.

„ Oui, les flots de pourpre ont lavé les péchés noirs
qui maculaient le sol de la conscience humaine.
Et ta sagesse n’aura pas été vaine
aux enfants improfanes de ta tribu d’espoirs.

„ Tu fus Roi sans orgueil sous ta couronne d’ange
dont les joyaux pensifs reflètent ton esprit.
Sache : là-Haut des séraphins pâmés ont transcrit
tes Cantiques ardents qu’exaltent leur louange.

„ Et si tu es las de suprême lassitude,
c’est d’avoir construit sur ces féeriques hauteurs
le resplendissement de ce Temple de Ferveurs,
ô doux magicien de la béatitude.

„ Ta douleur est de celles qui grandissent les dieux
hiératisés en leur sagesse et leur souffrance
jusqu’à nier la vie et bannir la science
de leur cœur de voyants, originel des cieux.

„ Je suis venu vers toi des limbes mortuaires
où flotte dans la clarté l’essence des mortels;
viens, tu trouveras, sous les reflets spirituels
de mes Ailes, de translucides suaires.

„ Tes yeux mourants verront sous mes flambeaux en fleur
s’éclairer par delà les temps et les espaces,
les univers d’extase où sommeillent des races
que ne hantent jamais le Mal, ni la Douleur.

„ Hors ce monde et ses mornes horizons de pierre,
je connais pour ta douleur des empires d’oubli
où ton cerveau nimbé et ton corps aboli
s’immatérialiseront dans la poussière.

,, Et je t’endormirai en ta sublimité!
Et tous ces diamants seront ta sépulture
Debout, en ta sidérale et vague stature,
prosterne ton front las au sceptre de royauté.

„ Et plus tard, enfin, les races mystérieuses,
cherchant les traces sacrées du Roi Salomon,
seront ravies : car tes cendres se changeront
en purs diamants et en pierres précieuses.

– Et voici qu’en traversant la chair moribonde,
rallumant les pierreries et l’or du Palais,
en un vaste étincellement d’aube et de Paix,
l’Ame de Salomon sublimisa le Monde!

– C’était par un soir de symbole et de fatalité
où les hauts firmaments hallucinaient la terre,
tandis que le Roi-Mage, pâli dans sa prière,
entrevoyait son Ame en immortalité.

AZRAËL

To Joris-Karl Huysmans.

It was in a symbolic evening of destiny
where the high heavens envisioned the Earth,
while the King-Initiate, pale in prayer,
glimpsed his soul’s immortality.

He is supreme amongst the universal dream!
And his large vague eyes swoon in the vastness
closed to the splendours that radiate from the rings
on his long fingers of passionate ecstasies towards Heaven.

And the mute towns are full of glimmerings
that distantly exhale the tragic nocturnal skies,
and beneath the gilded domes of reticent temples
Solomon’s people fall sleep amongst his splendours.

Sleep’s infinity glides above the acropolis
like the sleep of life in nights more primitive.
– But, down below, in the dread of the overwhelming night,
a spectacular Being resonates in his radiance!

The King saw him suddenly appear from biblical horizons
and arrive like a shining secret breath
and growing bigger in space and in the night
in a terror of prophetic wings!

In the great magical Palaces of crystal and gold
Wherein the light of the world is reflected,
this is who appeared through the deep vault
The Archangel of Death with the sacerdotal sign.

It seemed his body penetrated every star!
With rays spurting lashes and eyes,
absorbing every jewel and rendering dull the gold
beneath their frightening and sacred radiance!

It seemed that his brow was made of intense flashed of lightning,
and that a golden daybreak blazed in his hair,
and the splendours of fire and ice
flashes in the flight of his dazzling robe!

The brightness of his presence was so superhuman
that the sphinxes at the gateway were with vertigo overcome;
the treasures of Sheba lost their prestige
in the single magnetic and divine gesture of his hand!

Lynxes prostrated beneath the Kabbalistic tripods
reverberating, amongst the gilded halls
the sudden terrors of their awakening,
for a fatal Thunderbolt burnt their mystical eyes.

The Lustral Waters were silenced in their bowls
and the golden columns trembled with fear;
the god extinguished all the King’s luxuries
so too the torches of myrrh with gilded statue’s arms.

No solitary diamond would ever blaze up again
among the pale shadows of the Royal House;
Behold Solomon, laying out in the high Hall
the thousand precious stones of his golden tiara.

A shudder of the Beyond penetrated the Initiate’s heart
who understood that it was the divine hour to die
since the celestial vision would partially open
the radiant sepulchre destined for the Sage.

“Oh! with what lucid sleep and with what tomb,
have you come to illuminate my pale human flesh!
I am weary of the Universe and of valine science,
and I no longer want to see with my mortal eyes.

“these are the evenings, the evenings of which I wish for the end!
That I await to enter into the throes of heaven,
the absolute of your Six Wings and your Six Faces:
mortal mirrors of death wherein at last I can upon my reflection gaze!

Quester for the Absolute in a glory of high dreams
of night’s infinity and dazzling magic,
that I have spouted beneath my powerful sceptres,
– I wish to sleep far from men and their swords.

“My proverbs germinated from eternal lilies
on the mire of hearts and the desert of souls,
and I decked the graveyards of infamous battles,
with the holy flowers from immortal gardens.

“In marvellous words of love and caressing
my Canticles spoke of the flesh as divine
so that the body is pure, and love divine,
and that human love is made divine.

“In my sacred Sabbaths and mysterious nights,
I burnt a great many perfumes, incense and scents
so that their immense vapours rose through my kingdoms
making a vast censer for God.

“The Earth is once again drunk on all the Paschal Blood
that I caused to flow like rhythmic rivers,
and the rales were made of such holy music
that they prostrated their brows beneath the altars of destruction.

“I am weary of being enthralled by the pure and the chaste
Behold: I built upon the mesmerised people of Israel,
this House of God with Heavenly stones,
and see now how these domes pale in their splendour.

“All the age-old gold has become dark!
– But this is what trembled upon my celestial Palaces,
as well as the ideal breaks of day,
all of this igneous Spirit that you scatter in the shadows!

“My thought is as clear as bright moonlight,
and my soul’s eyes are transparent worlds;
I sense your celestial gaze flowing in me
such oceans of clarity. – innumerable and One.

“Oh! To die beneath your gaze as all things must die
and to become infinite in the wisdom of nothingness!
Your looks are like a cavernous sun,
absorbing life into their apotheosis!

“Oh thou, the most infinite of infinite souls,
freezing in sleep the mirage of Death,
draw out my dream in the Dream where you will send me to sleep
Oh spiritual precursor of the throes of death!”

– Thus, Azrael sang out loud
the enchanting word of funereal ecstasies!
Et his ethereal voice lit up the darkness
having ineffable promises of eternity:

“I come to instruct your Soul to enter the Light!
And your flesh to bloom again in Edens of the future,
for Death has elected you for reigns purer
than the immaculate Lily of the First Dawn!

“Your luminous sceptres and your mother-of-pearl thrones,
and the altars enchanted by your onyx tripods,
will all be vain alongside these dulcet rituals
where I will celebrate your angel in my rites.

“I know that serpents were enthralled by your word
in which perverse children entangle their dream.
Your perfumes intoxicated the sky that extended
their inebriations as far as the charmed heavens.

“Yes, the purple floods cleansed the black sins
that stained the soil of human conscience.
And your wisdom would not have been vain
for the pious children of your tribe of hope.

“You were a King without pride beneath your angelic crown
whose pensive jewels reflected your spirit.
Know this: up Above the fainting Seraphim transcribed
your fervent Canticles exalted by their praise.

“And if you are weary of the supreme weariness,
it is for having constructed in these enchanting heights
the resplendence of this Temple of Ardour,
O gentle magician of bliss.

“Your sorrow is that which enhances the gods
hieratic in their wisdom and suffering
as far as denying life and banishing science
from their prophetic hearts, heavens’ first

“I have come to you from funerary limbos
where the essence of mortals float in the brightness;
come, you will find, under the spiritual reflections
of my Wings, translucent shrouds.

“Your dying eyes will see beneath my flowering torch
illuminated beyond all time and space,
a world of ecstasy where all races slumber
which is never haunted by Evil nor by Sorrow.

“Beyond this world with its bleak stone horizons,
I know empires of oblivion for your sorrow
where your haloed head and your abolished body
will become intangible in the dust.

“And I will lull you to sleep in your sublimity
and all these diamonds will be your tomb
Standing, in your celestial and vague stature,
bow your weary brow to the sceptre of royalty.

“And later, finally, the mysterious races
searching for the sacred footprints of King Solomon,
will be delighted: for his ashes will transform
into pure diamonds and precious stones.

– And in traversing the dying flesh,
rekindle the Palace’s precious stones and gold,
in an immense scintillation of dawn and Peace
The Soul of Solomon with make the World sublime!

– It was during a symbolic evening of destiny
where the high heavens comprehended the Earth,
while the King-Initiate, pale in prayer,
glimpsed his soul’s immortality.

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Poems from Le Frisson du Sphinx


LE FRISSON DU SPHINX

Au pays des Huros, Rhamsès et Sésostris,
mais au temps des Latins et quand la rouge Rome
dressait de bronze et d’or ses empereurs flétris
c’est l’heure où l’infini pénètre au coeur de l’homme

Pareille à l’orbe élu des grands nimbes sacrés
dont la tête des saints futurs doit être ceinte,
la lune en fleur sourit ses rêves éthérés
dans l’encens sidéral frôlant la terre sainte.

Au loin des sables bleus du biblique désert,
couché dans son secret et sa béatitude,
le monstre égtiptien, de son oeil entr’ouvert,
fixe l’éternité parmi la solitude.

Nul souffle dans la nuit. Mais, parfois, obstiné,
le hurlement lointain d’un vieux fauve qui rôde’
et renifles à longs traits, vers l’horizon tourné,
les tragiques relents du grand crime d’Hérode

Et le- Sphinx, pur orgueil du monde oriental,
cependant que : là-bas, dans la ville barbare, .
l’on cherche encor l’Enfant ‘ prophétique et fatal,
a ‘vu le nouveau Dieu rayonner comme un phare.

Muet selon la loi des temples primitifs,
il avait attendu jusqu’à ce que lui vienne,
en l’éternel regard de ses yeux attentifs,
la vivante lueur de la splendeur chrétienne

Il savait, eût-on dit, que l’Être allait venir,
car l’énigme toujours reflète la lumière :
les fuyards surhumains chargés de l’Avenir,
enfin sont endormis contre son sein de pierre.

Alors, sentant frémir son fabuleux poitrail
sous le sommeil divin dont palpite le monde,
il comprit mieux encor le cher Epouvantail,
que les dieux redoutaient d’une stupeur immonde.

Il contempla longtemps, sous l’azur de la nuit,
l’Ane altéré, le Père et la mystique Mère
qui, sous l éclat du glaive implacable ayant fui,
sauvaient le Roi des rois, du ciel et de la terre.

Depuis plusieurs mille ans qu’il n’a jamais parlé,
le colosse muet sent à sa froide bouche
l’angélique frisson d’un soudain verbe ailé
et l’esprit des voyants remplir son front farouche.

Souffle ardent du passé, charme de l’inconnu,
sa voix est un écho des oracles d’Egypte;
son cri d’amour humain est un aveu connu
par les vieux mages morts souriant dans leur crypte.

Et le désert où dort l’âme des Pharaons
écoute immensément le saint murmure immense
s’éperdre comme un vol vers les savants rayons,
qui nimbent la beauté de Jésus en silence

« O pur prédestiné des plus divins décrets,
au nom de la raison et des forces magiques,
je te contemple seul du haut de mes secrets,
moi, qui suis le savoir et la sagesse antiques.

Toi, dont le coeur est grand comme tout l’univers,
ô cher petit enfant de la douleur humaine,
dors en paix, les yeux clos par des ailes couverts ;
des jours luiront pour toi pleins de sang et de haine.

Et fluant dans ta chair faite d’humanité,
mais semblable au ciel fait de lumière éternelle,
du sein qui l’alimente au flanc qui t’a porté
coulent les sources d’or de l’âme universelle.

Je savais ta venue ainsi que l’ont prédit
les prophètes sacrés qui parlaient dans l’aurore ;
et l’écho de leurs voix au temple a resplendi,
tel un terrible éclair au fond d’un ciel sonore.

Je savais ta Naissance. En un vaste hosanna,
les anges me l’ont dit la nuit d’Epiphanie,
quand l’Astre éblouissant d’extase illumina
les Mages de Palmyre en signe’ de ta Vie.

Sphinx vivant et prévu d’un mystère nouveau,;
tu viens pour éblouir les ténèbres païennes
aux rayons douloureux issus de ton cerveau
saignant flambeau d’amour, éclaireur de géhennes.

Énorme vision d’un rêve illimité,
le monde colossal qui dort en ma mémoire
n’est qu’un vain germe auprès de ta divinité
ton règne est un soleil jailli sur la nuit noire.

C’est comme une splendeur, comme un écroulement
Le Globe, entre tes doigts, s’éteint et se rallume;
les Césars monstrueux, pleins d’épouvantement,
voyent leurs aigles de feu s’évader en la brume.

Loin des buveurs de sang des grands charniers romains,
loin des palais bâtis dans la chair et le crime,
les peuples éperdus tendront vers toi leurs mains
où le fer a laissé les traces de l’abîme.

Et je te vois marcher d’un pas surnaturel,
plus pur que la clarté, plus puissant que l’idée,
ensemençant là-bas, de ton verbe éternel,
les chemins éblouis qui mènent en Judée.

Avec l’enchantement des mots miraculeux,
au bord des fleuves clairs et sous les noirs portiques,
ta voix éveillera dans les coéurs nébuleux
tout l’ineffable essaim des bontés extatiques.

Puis, un soir d’agonie, à l’heure du Destin,
après avoir semé ta pensée et ton âme
sur le vieux sol du mal qu’ensanglante l’instinct,
ton corps sera vendu dans un baiser infâme

Et tout cela doit être et tout cela sera.
Roi de l’épine rouge et roi de la folie,
au festin du martyr la mort te versera
le calice d’effroi vidé jusqu’à la lie.

En un grand brisement d’idoles et de fers,
tes lumineuses mains saigneront des semailles;
et les hommes de proie immoleront tes chairs,
car le Sang pur du Christ doit brûler leurs entrailles.

THE SHUDDER OF THE SPHINX

In the land of Huros, Ramesses and Sesosteres
in the epoch when the Latin races of ruddy Rome
raised up their withered Emperors in bronze and gold
came the hour when the infinite penetrated the hearts of men.

Like the elected orbs of great sacred halos
surrounding the heads of future Saints,
the flowering moon smiled in her ethereal dreams
in the celestial incense brushing upon the Holy Land.

In the distant blue sands of the biblical desert,
secretly supine in its beatitude,
the Egyptian monster with a half-open eye,
gazed into Eternity midst the solitude.

No breeze in the night. But, at times, persistently,
the distant howl of an old prowling beast
sniffing intently, towards the horizon turned,
scenting the tragic stench of Herod’s great crime.

And the Sphinx, the pure pride of the Eastern world,
saw the new God shining like a beacon,
whereas yonder, in the barbaric town,
they searched for the prophetic Infant of destiny.

In silence, according to the law of archaic temples,
he waited until he came to him,
in the eternal gaze of his attentive eyes,
the living light of Christian glory.

He knew, as it was said, that the Being was going to come,
for the mystery shall forever reflect the light:
the retreating all-powerful guardians of the Future
finally come to rest besides his breast of stone.

Then, sensing the trembling in his mythical breast
beneath the divine slumber from which the world pulsates,
he understood at last the cherished Threat,
that the gods dreaded with squalid amazement.

He contemplated awhile, beneath heaven’s night,
The impaired donkey, the Father and the mystic Mother
who, having fled from the glare of an unsparing sword
saved the King of kings, of heaven and of Earth.

For several thousands years he never spoke,
the mute colossus sensed in his frigid mouth
the angelic thrill of a word taking flight
and the spirit of the seers filled his fierce brow.

An intense blast from times past, a spell from the unknown,
his voice is an echo of the Egyptian oracles;
his cry of human love is a known avowal
by the old dead Mages smiling in their crypts.

And the desert where the souls of the Pharaohs sleep
hears loudly the immense holy murmur
scatter like a flight towards wise rays of light
that enhaloes the beauty of Jesus in silence.

“O pure one of destiny of the most divine decree,
in the name of reason and the powers of magic,
I gaze upon you alone from the heights of my secrets
I, who art all knowledge and wisdom of old.

Thou, whose heart is as great as the entire universe.
O dear little child of human sorrow,
sleep in peace, your eyes closed by covered wings;
days full of blood and hatred will shine for you.

And flowing from your human-formed flesh,
but akin to heaven fashioned from eternal light,
from the breast that fed you to the womb that bore you
flows the golden source of the universal soul.

I knew of your coming just as it was predicted
by the sacred prophets who spoke at the beginning;
and the echo of their voices was radiant in the temples,
such a dreadful flash deep within the heavens resounding.

I knew of your Birth. In a great hosanna,
angels spoke to me in Epiphany’s night,
when the blazing Star with ecstasy illuminated
the Palmyraen Magi with the sign of your Life.

Living Sphinx foretelling a brand-new mystery;
you come to bring brightness to pagan darkness
with rays of sorrowful light beaming from your mind.
Bleeding torch of love, outrider of underworlds.

Tremendous vision of a boundless dream,
the vast world that slept in my memory
is only a vain seed alongside your divinity
your reign is a sun springing upon blackest night.

It is like like splendour, and like the collapse
The Globe, between your fingers, is extinguished and is relit;
the monstrous Caesars, full of horror
see their iron eagles escape into the haze.

Far from the blood-drinkers of the great Roman cemeteries
far from palaces built from flesh and crime
the frenzied people stretch their hands towards you
where branding irons left traces of the abyss.

And I see you walking with an otherworldly step,
purer than light itself, more powerful than the idea,
forging over there, from your eternal word,
the dazzling path that leads to Judea.

With enchantment of miraculous words,
On limpid riverbanks and beneath black porticos,
your voice will awaken in clouded hearts
the entire ineffable horde of ecstatic kindnesses.

Then, in an evening of misery, at Destiny’s hour,
after having sowed your thoughts and your soul
upon the aged sun of evil that drenched instinct in blood,
your body will be sold in a dishonourable kiss.

And all that is and all that shall be.
King of the ruddy thorn and king of folly,
for you Death will pour at the martyr’s feast
the chalice of dread emptied down to the dregs.

In a great destruction of idols and chains,
your luminous hands will bleed from sowing these seeds;
and men of prey will immolate your flesh,
for the pure Blood of Christ must burn their innards.


LE DRAGON DU SEUIL

Aux bords de l’infini dressant son épouvante,
face à face au mortel, au mage et au devin,
implacable et muet, fatalité latente,
le beau monstre sacré garde le seuil divin.

Il veille. Le Temple est au de-là de ce monde.
Nul ne peut approcher son portique de feu
si son coeur n’est pas plein d’une force féconde
et rempli des splendeurs qui ruissellent de Dieu.

Il sait Les ombres ont plongé dans son énorme tête
l’invisible flambeau qui rend surnaturel.
Et dans l’immense nuit l’oeil du gardien réflète
le vertige ébloui d’un savoir éternel.

« Vous qui venez à moi de loin, semble-t-il dire,
« pour pénétrer au Temple êtes-vous pur et fort?
« sous la griffe implacable où je tiens mon empire,
« si non, vous trouverez la folie ou la mort.

Et autour de son corps de sphinx et de chimère
éternellement flotte un tragique parfum
dans les marais de sang dont s’abreuve la terre
gisent tous les martyrs en leur orgueil défunt,

Ceux qui n’ont pas dompté la bête énigmatique
dont l’oeil fige à jamais les pâles yeux humains,
ne posséderont pas l’âme pure et mystique
et toujours chercheront d’impossibles chemins

Implacable et muet, fatalité latente,
face à face au mortel, au mage et au devin,
le beau monstre sacré garde le seuil divin,
aux bords de l’infini dressant son épouvante !

THE GUARDIAN OF THE THRESHOLD

At the edges of infinity raising up his terror,
face to face with a mortal, a Magus and a soothsayer,
inescapable and mute, latent fatality,
the beautiful sacred monster guards the divine threshold.

He keeps vigil. The Temple is beyond this world.
No one can approach its iron portico
if his heart is not full of virile strength
and filled with splendours flowing from God.

He knows. Shadows plunged into his enormous head
the invisible torch that makes all transcendental.
And in the immense night the guardian’s eye reflects
the overwhelming delirium of eternal knowledge.

“You who have come to me from afar, he seemed to say,
“to enter the Temple are you pure and strong?
“beneath the inescapable claw with which I control my empire,
“if not, you will find only madness or death.

And about his body of a Sphinx or a Chimera
floats eternally a tragic perfume
in swamps of blood that is drunk by the earth
where lies all the martyrs in their deceased pride.

Those who have not tamed the enigmatic beast
whose eye fixes forever every pale human eye,
will not posses the pure and mystical soul
and will seek forever impossible paths.

Inescapable and mute, latent fatality,
face to face with a mortal, a Magus and a soothsayer,
the beautiful sacred monster guards the divine threshold,
at the edges of infinity raising up his terror.


AURORA

Mon cœur s’éveille dans l’aurore
comme un soleil d’espoir nouveau
et qui fera, jeune flambeau,
germer mon sang heureux d’éclore.

Aux horizons clairs et bénis,
déjà, dans l’or pur qui s’allume,
l’on voit partir l’ombre et la brume ;
les bois sacrés sont pleins de nids.

Je sens en l’âme universelle
grandir la vie et la bonté,
et sous mon sein d’albe clarté
couler la source maternelle.

Tout est candeur, tout est divin
parmi les forces de la terre ;
le beau vol bleu de la chimère
n’ascendra pas le rêve en vain.

Les choses sont comme un sourire
empli de gloire et très pieux ;
ainsi naissaient les jeunes dieux
dans le bonheur d’un panégyre.

L’esprit humain baise les fleurs ;
lassé de songe et de fantômes,
il vient errer sur les arômes
et se baigner dans les lueurs,

Scintillements de l’espérance,
rosée ardente des projets,
en moi rayonne par grands jets
l’apothéose de l’Enfance !.

AURORA

My heart awakens at dawn
like a sun of newborn hope
that will germinate, youthful torch,
my contented blooming blood.

In horizons limpid and blessed,
already, in the pure gold that it sets alight,
one sees the shadow and mists depart;
the sacred woods are full of nests.

I sense goodness and life growing
in the universal soul,
and in my breast of whitened clarity
flows the maternal spring.

All is innocence, all is divine
amongst the forces of the earth;
the beautiful blue flight of the Chimera
will not ascend to the dream in vain.

Everything is as a smile
filled with glory and utterly pious;
thus the young gods are born
in the happiness of a eulogy.

The human spirit kisses every flower;
weary of dreams and apparitions,
wandering amongst the scents
and to bathe in every glow,

Scintillations of hope
ardent dew of intentions,
the apotheosis of Childhood
radiates within me in great bursts.


LE LIVRE SACRÉ

De mes ferventes mains tournant tes pages d’or,
comme si mes doigts purs palpaient de la lumière,
ô Livre immense et clair, ta puissante prière
révèle dans ma nuit le mystique trésor !

Mon esprit dans le soir, ouvre ses regards d’ange,
pour plonger leur éclat au fond de ton savoir;
à ceux qui te liront le secret fera voir
comment l’amour divin fait rayonner la fange..

– Eternel, et voilant l’effroi de l’univers,
un mystère ineffable a mêlé l’homme aux vers
et l’idéal humain aux plus divines flammes.

Et, du fond de la chair à l’azur consulté,
tu soulèves le voile enveloppeur des âmes
au souffle sibyllin de ton verbe enchanté.

THE SACRED BOOK

With fervent hands I turn your golden pages,
as if my pristine fingers throb with light,
O immense and lucid Book, your powerful prayer
reveals in my night the mystical treasure!

In the evening my spirit opens its angel’s gaze
to plunge its splendour into the depths of your knowledge;
to those who will read you the secret will show
how divine love will bring radiance to the mire.

– Eternal, and veiling the dread of the Universe
an ineffable mystery blends man with every verse
and the human ideal with the most divine passion.

And, from the depths of flesh to the deciphered heavens,
you raise the veil that envelopes every soul
with the Sibylline breath of your enchanted word.


LE GLAIVE DES DIEUX

Surgi ruisselant d’or en les forges du rêve,
forgé par les bras purs des héros et des dieux
et fait pour resplendir aux combats radieux,
au fond du sang natal se rouille un très beau Glaive.

Ceux qui l’ont vu jaillir aux poings victorieux
et comme un astre neuf, sur les ombres du vice,
étinceler, tout droit, au nom de la Justice,
savent de quels rayons il enchantait les yeux !

Arme à l’éclat divin qui dut, à ses conquêtes,
d’illuminer le coeur épique des poètes
dans les soirs belliqueux des vieux mondes humains,

on la voit frissonner sous un grand souffle acerbe,
car les temps sont venus de la lutte du Verbe;
– mais le Glaive est trop lourd pour nos petites mains.

THE SWORD OF THE GODS

Appearing suddenly dripping with gold in foundries of the dream
forged by the chaste hands of heroes and gods
and made to be glorious in radiant battles,
from deep within native blood rusts an exquisite Sword.

Those who saw it spring from victorious fists
and flash like a newborn star, straight through
the shadows of vice, in the name of Justice,
knows with what rays of light it enchanted our eyes.

Weapon of divine radiance that must, in its conquests,
illuminate the epic heart of every poet
in battleful evenings of the old human worlds,

we saw it thrill with a great bitter gasp,
for the time has come for the struggle for the Word;
– but the Sword is too heavy for our tiny hands.


LE MIRAGE

Alors, en ces temps là, l’aube était liliale.
L’innocence flottait comme un parfum errant.
La terre, vierge encor du monstre et du tyran,
s’éveillait du sommeil de l’ombre initiale.

Tout était l’Ineffable et la Sérénité.
Sous le souffle éternel de la force rythmique
les forêts et les mers, en un calme cantique,
exhalaient leur amour à la Divinité.

C’était l’heure infinie où l’essence du monde,
faite du pur hymen de l’esprit et du feu,
vibrait suavement au fond du cœur de Dieu.

Et parmi la lumière et les choses et l’onde
l’aurore auréolait tous les destins latents
à travers l’inconnu de l’espace et du temps.

THE MIRAGE

So in those times, the dawn was lilly-pure.
Innocence floated like a roaming perfume
The earth, devoid of monsters and tyrants,
awoke from the sleep of the original shadow.

The Ineffable and Serenity were all.
Beneath the eternal breath of the rhythmic force
forests and seas, in a tranquil hymn,
gave forth their love to the Divinity.

It was the infinite hour when the essence of the world,
created from the immaculate marriage of mind and fire,
vibrated smoothly deep within the heart of God.

And midst the light, the entities and the sea
the dawn cast a glow around all latent destinies
through the unknown of space and time.


LES SIGNES

Dans la suave fleur ou dans l’obscure sève,
dans l’azur de l’esprit, dans l’ombre de l’instinct,
je vois le doigt sacré de l’éternel Destin
tracer divinement la Forme qui s’achève.

Or l’astre a limité sur notre front hautain
les routes du savoir et l’infini du rêve.
Et nul bras projeté sur le monde n’élève
un magique flambeau qui jamais ne s’éteint.

Sombre argile d’amour, ô vous l’homme et la femme,
les formes de la chair sont un reflet de l’âme
qui pétrit, selon Dieu, l’obscur fantôme humain.

Et, pentacles vivants, énigme devinée,
dans Nos cœurs incompris, les griffes de la main
tracent les horizons de votre destinée.

THE SIGNS

Within the dulcet flower or within its hidden sap
within the azure of the mind, within the shadow of instinct,
I see the sacred finger of eternal Destiny
divinely trace the Form of its fulfilment.

Now the star upon our haughty brows limited
the paths of knowledge and the infinity of the dream.
And no arm extended into the world could raise
a magical torch that will not be extinguished.

Sombre clay of love, O you man and woman,
the forms of your flesh are a reflection of the soul
that moulds, according to God, the dark human wraith.

And, living pentacles, foretold enigma,
within Our misunderstood hearts, the claws of this hand
trace the horizons of your destiny.


PERFECTION

Comme un Dieu créateur de vie et de lumière
ordonnant la clarté sur une informe nuit,
je ne veux désormais n’être qu’un pur esprit
pour mieux faire vibrer l’âme dans la matière.

Tout l’arôme d’amour qui flotte sous l’azur
n’est plus celui des fleurs ni des lèvres charnelles ;
dans mes jardins plus clairs, des beautés immortelles
promènent gravement leur songe immense et pur.

Des anges au sourire insondable et candide,
m’ont indiqué la source ardente de leur fluide,
venus vers moi dans l’or de leur corps radieux.

Artiste, tel je veux, en une œuvre sereine
mêler l’essence au corps et fixer dans les yeux
l’invisible splendeur de la pensée humaine.

PERFECTION

Like a Creator God of life and of light
imposing clarity upon a formless night,
from now on I want to be only a pure mind
to raise the vibration of soul in matter.

Every odour of love that floats beneath heaven
is no longer of flowers nor of carnal lips;
in my gardens of clarity immortal beauties
solemnly parade their dream that is immense and pure.

Angels with unfathomable and unworldly smiles
revealed to me the fiery source of their fluid,
flowing towards me from the gold of their radiant bodies.

I desire to be an artist who, in a work of serenity,
combines essence and body and places within every eye
the invisible grandeur of human thought.


AU TOMBEAU D’UN POÈTE

A peine as-tu fermé tes yeux dans l’Infini
pour voir monter vers Dieu ta grande âme blessée,
toi, dont l’œuvre en Douleur érigea la Pensée
sur le roc éternel où l’aigle fait son nid,

ô Poète, j’entends, sous le ciel dispersée,
la meute des humains glapissant leur déni
et hurler aux échos que ton règne est fini
et que ton verbe est mort sur ta lèvre glacée !

Oh! stériles clameurs, vent qui n’éteindra pas
l’héroïque flambeau sur les cimes du Rêve,
vos souffles passerons comme cette heure brève;

le Front des dieux est plein des clartés du Trépas,
et rien ne peut ternir – la Loi Divine est telle –
le marbre blanc et or de leur tombe éternelle.

AT THE TOMB OF A POET

Hardly have you closed your eyes in the Infinite
to see your great wounded soul ascending to God,
you, whose work of Sorrow set Thought
upon the eternal rock where the eagle built its nest,

O Poet, I hear beneath the scattered sky,
the human pack barking their denial
and howling into the echoes that your reign is over
and that your word died upon your frigid lips!

O! sterile clamourings, winds that will not extinguish
the heroic torch upon the pinnacles of Dreams,
your breath will pass like this fleeting hour;

the Brow of the gods is filled with the clarity of Death,
and nothing can tarnish – such is Divine Law-
the gold and white marble of their eternal tomb.


NATURE

La terre a fécondé. La vie est maternelle.
La lumière n’est plus qu’un bercement d’amour
et l’informe semence, en les splendeurs du jour,
jaillit aux voluptés de la force éternelle.

L’homme, comme un enfant et comme un animal,
laisse fluer son sang parmi la sève antique ;
toute la chair humaine, ou profane ou mystique,
est ivre du puissant baiser de germinal.

Mais toi, penseur austère au coeur doux et lucide,
qui regardes passer l’ivresse de l’Instinct,
tu souris tristement à la Nature avide

de ce qu’elle a donné comme un monstre enfantin,
car jamais rien ne vaut dans la matière infâme
l’invisible soleil qui féconde ton âme?

NATURE

The earth is fertilised. Life is maternal.
Light is but the swaying motion of love
and the formless seed, in the splendours of day,
springs upon the delights of the eternal force.

Man, like a child or an animal,
lets his blood flow among the ancient sap;
all of human flesh, whether profane or mystical,
is drunk from the potent vigorous germinal kiss.

But, you austere thinker whose heart is gentle and lucid,
who gaze at the passing of Instinct’s intoxication,
you smile sadly at voracious Nature

of what it gave like an infantile monster,
for has anything ever been of value in infamous matter
more than the invisible sun that fertilises your soul?


LE’ VOILE DU TEMPLE

Traverse seul d’abord le vestibule noir,
la tortueuse nuit qui tourne en l’Épouvante,
où la matière en rut, de sa gueule béante,
ne doit pas engloutir ton magique Vouloir.

Passe devant la mort et que rien ne te hante,
si ce n’est le beau sphinx couché dans son Savoir;
au fond de l’inconnu les dieux seuls peuvent voir,
face à face et sans peur la lumière vivante.

Pour toi qui n’auras point grandi ton âme en vain,
l’Epreuve mène au seuil du portique divin
ouvert sur les splendeurs de la Toute-Science!

Cherche, ô pâle mortel, car le Temple est immense,
pour t’en envelopper dans son mystère encor,
les antiques lambeaux de son grand Voile d’or!

THE VEIL OF THE TEMPLE

Penetrate at first the black hallway alone,
the tortuous night that turns into Terror
where rutting matter, from its gaping maw
must not devour your magic Will.

Pass in front of death and nothing will haunt you,
if this is not the beautiful Sphinx asleep within its Knowledge;
deep within the unknown only the gods can see
the living light, face to face and without fear.

For you whose soul has not increased in vain,
The Test leads to the divine portico
opening ono the splendours of Omniscience!

Seek, O pale mortal, for the Temple is immense,
in order to swathe yourself in its mystery again,
in the ancient shreds of its great golden Veil!

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Poems from Les Splendeurs Méconnues


VUE INTÉRIEURE

Combien de fois mes yeux, lassés de voir la terre
qu’habite la laideur des peuples et des rois,
devront-ils se lever, – encor combien de fois!
astre ardent, vers ta beauté sublime et solitaire?

Depuis que mon esprit a dit à mon corps : Vois !
mes yeux se sont ouverts pour voir dans ta lumière,
je ne sais quel splendide et fascinant mystère
où le silence parle en mon cœur, et dit : Crois !

mais quand viendra le jour où, derrière le voile
de la pure clarté qui descend de l’étoile,
je pourrai, dans le fond magique de mes yeux,

voir par mon œil divin plein des divines flammes,
dans la vie éternelle où se meuvent les dieux,
la secrète splendeur des mondes et des âmes?

INTERIOR VIEW

How many times must my eyes, weary of seeing the earth
inhabited by the ugliness of people and kings,
rise, – again, how many times! – fervent star,
towards your solitary and sublime beauty?

Since my spirit said to my body: See!
My eyes were opened to see in the light,
I do not know what splendid and fascinating mystery
where silence spoke to my heart, and said: Believe!

But when will the day come when, behind the veil
of pure clarity that descends from the star,
I will be able to, in the magical depths of my eyes,

see with my divine eye full of divine flames,
into the eternal life where the gods move,
the secret splendour of worlds and souls?


L’AME AVEUGLE

Je suis l’âme qui cherche un chemin lumineux
à travers l’ombre immense et vaine de la terre.
Autour de moi, partout, s’agrandit le mystère.
Le gouffre de la mort rend aveugles mes yeux.

A tâtons, cependant, dans la nuit vaste, j’erre.
Et je marche, ou je vole, en esprit douloureux,
vers le monde invisible où murmurent les dieux,
sans que jamais je doute, ou que je désespère.

C’est que depuis longtemps, dans mon obscurité,
la voix intérieure et divine a chanté,
pour me dire en secret l’espérance suprême.

Et je sais qu’à travers la douleur et l’effroi,
un jour, je trouverai, malgré tout, et quand même,
la clarté que je cherche et qui se cache en moi !

THE BLIND SOUL

I am the soul that seeks a luminous path
through earth’s immense and empty shadow.
All around me, everywhere, the mystery grows.
The chasm of death blinds me.

By groping, however, in the immense night, I wander.
And I walk, or I fly, in sorrowful spirits,
towards the invisible world where the gods whisper,
never without any doubt, or despair.

Since for a long time, in my insignificance,
the divine interior voice sang,
to tell me in secret the supreme hope.

And I know that through sorrow and dread,
one day, I will find, despite everything, and anyway,
the clarity that I seek which is hidden in me!


CREDO

Je crois à tout ce que la foule aujourd’hui nie
aux puissances du ciel et à l’humanité,
à tout ce qui se vêt de rêve ou de beauté,
à l’esprit éternel, à l’âme et au génie.

Je crois à l’amour pur et à la poésie,
à la calme sagesse, à la simple bonté;
puisque l’Idéal, seul, est la Réalité,
je crois à tout ce qui fait l’ordre et l’harmonie.

C’est qu’en moi, dans mon cœur de candide croyant,
je sens vivre à jamais une force divine.
Le doute n’atteint pas le dieu pur dans l’enfant.

Et c’est parce que tout m’enchante et m’illumine,
que je ne sais point croire aux puissances de l’or,
et que je ne crois pas au néant de la mort !

CREDO

I believe in all that the rabble nowadays denies
in the powers of heaven and in humanity,
in all that is clothed in dreams or beauty,
in the eternal spirit, in the soul and in genius.
I believe in perfect love and in poetry,
in serene wisdom, in simple goodness;
since the Ideal, alone, is Reality,
I believe in all that creates order and harmony.

Since within me, within my heart of an ingenuous believer,
I feel a divine power forever existing.
Doubt has not affected the pristine god within the child.

That’s because everything enchants me and illuminates me,
and because I don’t know how to believe in the powers of wealth,
and because I do not believe in the nothingness of death!


L’HYMNE INCOMPRIS

Si nos vers sont moins beaux que les proses antiques,
que l’Aède rythmait aux flots bleus de la mer,
c’est que nous n’avons plus; en ce siècle de fer,
le sens divin des mots calmes et eurythmiques.

Sous le marbre empourpré des sonores portiques,
l’hymne sacré montait vers l’éternel aether.
Et aux dieux le poète était doublement cher..
Jamais il ne brisait les règles poétiques.

Athènes les a vus, ces chanteurs bienheureux !
La rose et le laurier pleuvaient souvent sur eux,
car la foule, à leurs pieds, jetait ses doux hommages.

Mais à notre âme folle, à nos cœurs excités,
par les bruits discordants de nos sombres cités,
il faut les chants de haine et des cris pleins de rages!

THE MISUNDERSTOOD HYMN

If our verses are less beautiful than ancient prose,
where the Grecian Bard gave rhythm to the ocean’s blue waves,
that’s because, in this century if iron, we no longer have the divine sense of the serene Eurythmy of words.

Beneath the marbles flushed from sonorous porticos,
the sacred hymn rose up towards the eternal ether.
And to the gods the poet is twice dear.
Never will he break the rules of poetry.

Athens saw them, these joyful singers!
The rose and the laurel often rained upon them,
for at their feet the crowd these gentle tributes threw.

But to our insane soul, to our excited hearts,
by the clashing clamour of our dark cities,
all that’s necessary are songs of hatred and cries full of fury!


L’APPEL AUX MUSES

Muses de la Douleur, dites vos chants funèbres !
Un Poète a franchi le seuil clair de la Mort.
Il était simple et grand, car il dédaignait l’or.
Comme un soleil son cœur dardait dans les ténèbres.

Sur son front chauve et pur nul n’a mis le laurier.
Il n’a pas même su le dédain de la foule.
Il vécut doucement comme un fleuve s’écoule.
Le Silence l’aimait et l’écoutait prier.

Ses beaux chants alternés n’étaient que des prières,
des hommages divins à l a beauté des dieux.
Mais ces hymnes sacrés, pour nous, étaient trop vieux !
Nous aimons le chœur vain des humaines chimères.

Mais vous, Muses, les sueurs du Poète inspiré,
entre toutes, et tous, les âmes les plus belles,
qui gardez le trésor des lois universelles,
dites la gloire immense où ce frère est entré!

Dites combien ses chants étaient pleins de vous-mêmes,
de la suavité sereine de vos voix,
que l’on entend passer dans la paix des grands bois,
à l’heure où les cœurs purs font des songes suprêmes.

Et, seules à savoir le secret de ses vers,
que nous trouvons encore vides et inutiles,
faites que le Poète inconnu dans nos villes
soit aimé par les dieux cachés dans l’Univers !

Puisqu’il a révélé leurs splendeurs inconnues,
puisqu’en chantant il a dit leur pure beauté,
Muses, vous qui savez tout ce qu’il a chanté,
dites sa gloire immense à la terre et aux nues !

Que son nom oublié fasse vibrer l’éther,
et que les éléments, pleins de choses sublimes,
reconnaissent aussi, dans l’ampleur de ses rimes,
les harpes d’or du ciel dans les vents de la Mer

THE MUSES’ CALL

Muses of Sorrow, recite your funereal songs!
A Poet crossed the limpid threshold of Death.
He was simple and great, for he disdained gold.
Like a sun his heart darted through the darkness.

Upon his bare and pure brow no one has placed the laurel.
He did not even know the disdain of the rabble.
He lived gently as a river flows by.
Silence loved him and heard him pray.

His beautiful alternate songs were but prayers,
divine tributes to the beauty of the gods.
But these sacred Hymns, for us, were too old!
We love the vain choir of human illusions.

But you, Muses, the sisters of the inspired Poet,
amongst each and everyone, souls most beautiful,
who guard the treasures of universal laws,
recite the immense glory whereinto this brother entered!

State how his songs were full of yourselves,
of the serene sweetness of your voices,
that one hears in passing through large woods
at the hour when pure of heart form supreme dreams.

And, alone in knowing the secret of his verse,
that we find still empty and useless,
see to it that the unknown Poet in our towns
is loved by the gods hidden in the Universe!

Because he revealed their unknown splendours,
since singing of these he uttered their pure beauty,
Muses, you who know all of what he sang,
recite his great glory to earth and the heavens!

That his forgotten name will make the ether vibrate,
and that the elements, full of sublime entities,
also recognise, in the breath of his rhymes,
heaven’s golden harps in the winds of the Sea.


LA BLESSURE D’ESCHYLE

Son nom est vénéré comme celui des dieux.
Athènes l’a vu naître et vanta son génie,
Et l’antique cité, par les Muses bénie,
savait qu’Eschyle était sombre et prodigieux.

Le Théâtre est alors un lieu grave et pieux.
Sur ses vastes gradins la foule pleure et prie,
car le rite sacré que rend la Tragédie
donne aux tourments humains un sens religieux.

Au siècle fabuleux où les chants sont magiques,
Eschyle, évocateur des mystères tragiques,
avait le front couvert de multiples lauriers.

Mais son tombeau de marbre où rien de vain domine,
rappelle simplement ses purs exploits guerriers
«Ici gît le soldat blessé de Salamine. »

THE WOUND OF AESCHYLUS

His name is venerated like that of the gods.
Athens saw his birth and extolled his genius,
And the ancient city, blessed by the Muses,
knew that Aeschylus was sombre and prodigious.

The Theatre was then a serious and pious place.
Upon its vast terraces the crowd cried and prayed,
for the sacred rite of which Tragedy was made
gave to human torments some religious meaning.

In the legendary century when songs were as magic,
Aeschylus, who evoked tragic mysteries,
bore numerous laurels upon his brow.

But his unpretentious marble tomb
simply recounts his pure warrior’s exploits
“Here lies the wounded soldier of Salamis.”.


SOLEIL LEVANT

Chaque fois que l’aurore, au cœur pur de l’été,
apporte son baiser de pourpre et de lumière,
pour mêler à la vie un peu de leur beauté,
il semble que les Dieux reviennent sur la terre.

C’est comme un rêve ardent et comme une prière ;
c’est la bonne splendeur d’un mirage enchanté
qui vient, du fond du ciel, nous verser sa clarté,
âme d’or, frisson clair, souffle d’un saint mystère.

On dirait qu’ils sont là, les beaux et jeunes dieux,
et qu’on entend partout leur lumineux murmure
dans le réveil divin de la grande nature ;

et qu’ils sont apparus, tels qu’aux temps glorieux,
sur la mer, dans les bois, sur les champs pleins de roses,
dans leur immense amour des êtres et des choses.

RISING SUN

Every time that dawn, in the pure heart of summer,
brings its kiss of purple and of light,
to mix some of their beauty into life,
it seems that the Gods have returned to earth.

It is as an intense dream or as a prayer;
it is the happy splendour of an enchanted vision
that comes, from the depths of the sky, to pour its brightness upon us,
soul of gold, limpid thrill, breath of a holy mystery.

It seems they are there, the beautiful and young gods,
and one hears everywhere their luminous murmur
in the divine awakening of mighty nature;

and that they appeared, as in glorious times;
upon the sea, within woods, upon fields full of roses,
in their immense love of beings and things.


POÈME ANNONCIATEUR

Quelque chose de pur et de puissant, peut-être,
sur le monde lassé doucement va renaître.
Des hommes dont le cœur est sage et grand l’esprit
depuis longtemps, d’ailleurs, aux hommes l’on prédit.
Qu’importe à toi, douteur, dont la pensée est vaine !
La promesse est trop vague et encor incertaine,
Et tu ne prévois rien, et ne sens pas venir
cette immense douceur planant sur l’avenir.
C’est que ton front durci, que l’orgueil seul élève,
ne contient pas l’éclair prophétique du rêve,
et que tu ne comprends de la réalité
que ce qu’elle a de vain et de plus agité.
Mais cependant, déjà, parmi l’ombre pieuse,
comme dans la clarté sainte et silencieuse,
dans la nuit et l’aurore, on peut bien percevoir
le plus frémissement de ce nouvel espoir,
puisqu’il semble parfois que le cœur de la terre
s’en émeut, en silence, et comprend le mystère.
Et toi qui ne sais rien du mystique frisson
faisant vibrer la terre et l’astre à l’unisson
dans un murmure lent de musique cachée,
toi, de qui la chair est à la chair attachée,
tu ne sauras jamais, dans tes vils intérêts,
où la vie a scellé ses plus divins secrets,
ni tu ne sauras point, dans ta chair en souffrance,
en quoi le monde a mis sa nouvelle espérance !
Mon âme plaint ton âme et mon cœur plaint ton cœur,
ô mon frère insensible à l’immense douceur,
venant comme un parfum sur la pensée lasse,
du fond mystérieux et aimant de l’espace.
Et il me semble, à moi, malgré ton rire amer,
réentendre jésus parler près de la mer,
et redire à celui qui l’écoute et qui l’aime
la parole d’Amour et de Bonté suprême.
Et il me semble encor, dans les souffles des cieux,
entendre palpiter la présence des dieux…

POEM OF PROPHECY

What thing of purity and power, perhaps,
will be reborn upon the weary world.
For men whose hearts are wise and spirits mighty
for whom it was predicted a long time ago.
What does it matter to you, doubter, whose thought is shallow!
The promise is too vague and yet unpredictable,
And you predict nothing, and cannot sense the coming
of this immense gentleness gliding upon the future.
It is because your hardened brow, raised by pride alone,
does not contain the dream’s prophetic flash,
and of reality you only understand
that which is vain and more troubled.
But however, already, amongst the pious shadows,
as in the holy and silent brightness,
at night and at dawn, we can very well sense
the strongest quivering of this new hope,
since it seems at times that the heart of the earth
is moved, in silence, and understands the mystery.
And you who knows nothing of the mystic thrill
that makes the earth and stars vibrate in unison
in a slow murmur of hidden music,
you, whose flesh is bound to flesh,
you will never know, amongst your worthless interests,
where life has sealed its most divine secrets,
nor will you know, within your suffering flesh,
in what the world places its new hope!
My soul pities your soul and my heart pities your heart,
O my indifferent brother, in the immense sweetness,
coming like perfume upon weary thought,
from the mysterious and loving depths of space.
And to me it appears, to me, despite your bitter laugh,
to hear once more Jesus speaking near the sea,
and speaking again to those who hear him and who love him
the word of Love and of supreme Goodness.
And it seems to me again, amongst every breath of heaven,
to hear pulsating the presence of the gods…


LA SUPRÊME ATTENTE

Comme la grande nuit attend la claire aurore,
comme l’hiver aspire aux souffles de l’été,
j’attends venir aussi l’inconnue clarté
d’où le monde nouveau doit jaillir et s’éclore.

Comme le blé mûr songe aux prochaines moissons,
comme l’immense azur appelle des étoiles,
j’attends que l’heure vienne où se lèvent les voiles,
où les dieux vont donner leurs divines leçons.

Comme tout ce qui pleure et souffre sur la terre,
comme la vaste mer et la sombre forêt,
mon âme triste attend, mon cœur profond est prêt ;
je sens venir le flux dont tout se régénère.

Dans ce qui rêve et vit mes espoirs sont latents.
L’universel amour transforme la nature.
L’annonciation de la splendeur future,
c’est tout mon Idéal méconnu que j’attends !

THE SUPREME EXPECTATION

Just as the great night awaits the clear dawn,
as winter yearns for the breath of summer,
I also await the coming of the unknown clarity
from where the new world must spring up and emerge.

As the ripe wheat dreams of future harvests,
as the immense heaven calls upon the stars,
I await the hour when the veils will be lifted,
when the gods will give their divine teachings.

Like everything that cries and suffers upon the earth,
like the vast sea and the sombre forest,
my sad soul awaits, my profound heart is ready;
I sense the incoming tide wherein all will be regenerated.

My hopes are latent within this that dreams and lives.
Universal love transforms nature.
The annunciation of future splendour,
this is the entire unsung ideal that I await!


EXHORTATION

Parle encor de sagesse à ce monde incrédule
qui ne sait rien de vrai de la vie et la mort.
Parle sous les lueurs du dernier crépuscule,
où dans le doute affreux l’espérance s’endort.

Dis à la foule obscure, au petit et au fort
— ceux qui te trouveront candide ou ridicule, –
que le bonheur n’est point dans le pouvoir de l’or,
lorsque l’esprit s’éteint et dans l’ombre recule.

Parle de pur amour aux cœurs sans idéal.
Dis leur quel est le but suprême de la vie,
afin que dans l’erreur ce siècle ne dévie,

et que le jeu mauvais des puissances du mal,
n’entraîne pas avant dans le vice et la haine,
dans le crime et l’orgueil, la Bêtise humaine !

EXHORTATION

Speak again of wisdom to this unbelieving world
who knows nothing of the truth of life and death.
Speak beneath the glimmers of the last twilight,
wherein the dreadful doubt of hope falls asleep.

Speak to the dark crowd, to the small and the strong
– those who find you naïve or ridiculous, –
that happiness is not in the power of wealth,
when the spirit is extinguished and withdraws into shadow.

Speak of pure love to hearts without any ideal.
Tell them what is the supreme goal of life,
so that this era does not stray into sin,

and that the spiteful game of the forces of evil,
does not drag human Stupidity into vice and
hatred, into crime and pride!



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